Il y a une bien grande leçon à tirer des tableaux de Milos Reindl, peintre d’origine tchèque qui vit au Québec, et cette leçon est aussi très simple : l’art peut être une protestation, une dénonciation des maux de la société, une introspection douloureuse, une descente au fond de l’abîme, mais il peut être aussi une célébration de la vie. À cette célébration, Milos Reindl a convié les peintres de la tradition moderniste qui l’ont touché et le touchent encore : Picasso, Miro, Matisse, Chagall, Soutine, Bacon, Dufy… On peut crier aux influences, mais ce n’est pas de cela dont il s’agit. Une influence nous situe toujours au niveau de la cause. Elle explique tel ou tel choix du peintre par une œuvre antérieure, qui lui a servi consciemment ou plus souvent inconsciemment de modèle. Dans le cas de Milos Reindl, nous avons affaire à des références, toujours conscientes, à des peintres aimés. Une peinture qui croirait être originale en tournant le dos à tout ce qui s’est peint avant elle dénoncerait comme mimétique les moindres allusions à d’autres peintres, chercherait à faire neuf à tout prix, finirait par s’autodétruire comme le catoblépas qui, paraît-il, se mordant la queue, avait fini par s’avaler lui-même. On sait depuis Husserl que « toute conscience est conscience de quelque chose ». Autrement dit, une conscience de presque rien est une conscience pauvre. À la limite, elle disparaît. On pourrait dire de l’art de Milos Reindl qu’il est toujours conscience de quelque chose de surabondant, à la manière de l’en-soi de Sartre, pour nous en tenir à des pensées de philosophes.

-Francois-Marc Gagnon

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